Débat live "Un livre, une idée" du 18 février 2021

Le 18 février 2021, la Manufacture organisait la première édition d’un nouveau format d’échange avec un auteur : "Un livre, une idée". Pour ce premier débat, nous recevions Christian Saint-Étienne, professeur titulaire de la chaire d'économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers depuis 2009.

Christian Saint-Etienne vient de publier « Le libéralisme stratège face au chaos du monde », un ouvrage dans lequel il propose de réfléchir à la juste place de l’Etat, qui ne doit plus se mêler de tout, mais se consacrer à un rôle stratège qui accompagne les entreprises sans étouffer l’initiative.

Comment mettre en place cet Etat stratège ?

Peut-on inverser la tendance et demain avoir une souveraineté économique dans des domaines comme les vaccins ?

L’investissement public dans des secteurs comme la robotique peut-il sauver notre industrie ?

Et surtout, peut-on enfin réconcilier ceux qui croient en la liberté d’entreprendre et ceux qui croient au rôle de l’Etat dans l’économie ?

 

Selon Christian Saint-Etienne, l’État a commis une double erreur majeure en France, en privatisant tout ce qui aurait dû rester aux mains de l’État, tout en conservant tout ce qui aurait dû être privatisé. Un défaut de stratégie et d’agilité, qui conduit à la situation de la France actuelle, comparable à celle du début du 19e siècle avec des oligopoles qui écrasent les entreprises moyennes, la concurrence, mais aussi les salariés.

A partir des années 80, le système mis en place par le général De Gaulle s’est rigidifié, ce qui a amené à une situation de quasi-stagnation. Le système a également connu un choc important, venant d’une déficience imputable aussi bien à la gauche qu’à la droite qui ont assumé la désindustrialisation et sa conséquence : le monde « post-travail », dont les 35 heures sont un marqueur essentiel. Elles ont en effet provoqué un désintérêt pour le travail, qui n’est plus perçu comme valorisant mais comme une contrainte.

Désormais l’industrie manufacturière représente moins de 10 points de PIB, amenant à la perte de pans entiers de notre économie : la France est donc contrainte d’importer massivement. L’industrie est pourtant un moteur essentiel de l’économie puisqu’elle exporte 90% de ce qu’elle produit. Pour lui redonner de sa puissance, il faut la doter d’un cadre compétitif qui passe par des investissements massifs dans les grandes innovations technologiques dans des filières d’excellences préalablement identifiés.
Nous pourrions nous inspirer des États-Uni, qui ont établi depuis plus de plus de 50 ans une surveillance sur 7 domaines essentiels allant de l’agroalimentaire au numérique, en passant par la défense.

La France souffre en particulier d’un déficit de réflexion stratégique, qui se traduit par un sous-investissement dans des domaines clefs. A titre d’exemple, elle investit 300 millions par an dans l’intelligence artificielle quand la Chine et les États-Unis investissent 20 milliards. Pour mettre en perspective ce manque de vision stratégique, Christian Saint-Etienne souligne que la suppression de la taxe d’habitation coûte 40 milliards sur le quinquennat.

15 propositions de réforme, dont 3 prioritaires

Sur les 15 réformes qu’il propose, Christian Saint-Etienne en propose 3 ultra prioritaires :

  • Il faut commencer par la réforme des retraites, pour réduire le coût global qu’elles font peser sur notre économie en l’étouffant littéralement. Cette réforme se doit d’être juste, en prenant en considération la pénibilité (qui permettrait de réduire de deux ans le temps de travail), la durée de cotisation et le nombre d’enfants (en accordant 6 mois par enfant, dans une limite de deux ans). Le cumul de ces mesures devrait permettre de réduire le temps d’activité de 3 ans au maximum.
  • Une partie des économies issues de cette réforme doit être consacrée au financement de l’Éducation Nationale qui est dans une passe difficile. Il faut notamment réinvestir dans le primaire pour donner à chacun des savoirs et compétences fondamentales. Il est également indispensable de réintégrer les filières de formation dès 12 ans.
  • La 3e réforme urgente est celle de réindustrialisation, avec de forts investissements dans l’Intelligence Artificielle et la robotisation sur lesquelles les fonds alloués par l’État doivent être multipliés par 10.

Suivez La Manufacture en vous abonnant à nos réseaux sociaux et à notre newsletter.