Débat Live La Manufacture - 5 février 2021

Un débat live en visioconférence réunissait vendredi 5 février plus de 300 jeunes pour un échange avec Xavier Bertrand. Quelle place, quel rôle, quel avenir pour les Jeunes aujourd'hui ? Le sujet de la détresse étudiante et des problèmes des jeunes face aux conséquences de la crise a été l'un des thèmes centraux de ce premier "apéro-live" organisé par #LesJeunesAvecXBVoici quelques-unes des questions et solutions évoquées :

Mathieu, Étudiant en Master II Droit, Strasbourg

La crise sanitaire a soulevé de nombreuses problématiques chez les jeunes : sociales (isolement), économiques (précarité), universitaires (cours en visio).
Les actions actuelles sont insuffisantes et des mesures plus fortes doivent être prises. Les étudiants et les Jeunes en général doivent avoir un minimum de rythme de vie : des cours, une vie sociale…

Sur la question économique, certes il y a les repas à un euro, mais ça ne suffit pas : un étudiant doit payer son loyer et subvenir à ses charges. Avec la disparition des « petits boulots » nécessaire à beaucoup, le Gouvernement doit réfléchir à des solutions urgentes pour éviter des drames sociaux.

Maxime, 2e année de BTS Banque, Paris

Beaucoup d’étudiants sont en décrochage, 30% ont des pensées suicidaires, 40% ont des troubles anxieux…. Il n’y a plus de perspectives d’avenir : les politiques peuvent-ils encore agir ou sommes-nous une génération sacrifiée ?

Réponse de Xavier Bertrand

L’urgence aujourd’hui est de reprendre les cours en présentiel. Pour préserver l’avenir de la jeunesse, il faut assurer la poursuite des formations : l’Education nationale, en premier lieu, doit réagir et travailler à définir des modalités acceptables de reprise des cours.

Il faut par ailleurs, dans le respect évidemment des règles sanitaires, travailler à des solutions pour rouvrir des lieux de vie où les étudiants peuvent se retrouver : foyers, bibliothèques, etc.

Je propose également l’idée de permettre aux musées d’ouvrir pour des créneaux réservés aux étudiants, étant donné qu’il n’y a plus de touristes dans ces lieux devenus totalement vides.

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Eva, Grande école de commerce

Beaucoup d’amis fraîchement diplômés ont des difficultés à trouver leur premier emploi. Que fait-on face au chômage des jeunes à long terme et à court terme ?

Réponse de Xavier Bertrand

Il faut créer un réel droit opposable : celui de la première ligne sur le CV. Le premier stage d’immersion est essentiel, c’est celui qui permet de savoir si le métier plaît ou non. Il ne faut pas que la prochaine génération se démoralise. Le vrai sujet en la matière est celui des relations que l’on se fait et du carnet d’adresses.
La Région Hauts-de-France a recruté plus de 1 000 stagiaires et compte en reprendre encore plus… Si la Région peut le faire, les entreprises également.
Une autre idée est celle de la responsabilité juridique : je songe à proposer que la responsabilité juridique d’un stagiaire soit assumée par la Région. Également, si nous trouvons un moyen pour que cela ne coûte rien aux entreprises, alors elles n’auront plus d’excuses. Les entreprises ont besoin d’un système où, même si elles n’ont pas besoin d’un jeune, on leur permet de le prendre pendant quelques mois et, s’il est bon, il sera gardé, c’est la première ligne sur le CV (le but n’étant pas de faire des photocopies ou du café).

Pour répondre à cette question à court terme, dans la Région Hauts-de-France, nous prenons des contrats étudiants : de jeunes médiateurs qui s’occupent d’autres jeunes. Mais ils ne doivent pas être mis en place par téléphone ou à distance, il faut faire du « en chair et en os », il faut que les gens se rencontrent. Le risque n’existe que si l’on enlève le masque : les gens sont responsables, il faut leur faire confiance.

Guilad, ancien élève de BAC pro commerce et BTS, Paris

Comment faire face aux « clichés » sur les filières professionnelles ?

Réponse de Xavier Bertrand

Le sujet est qu’en France il y a la culture du diplôme, alors qu’il est essentiel d’aller vers un travail qui nous plaît.
La Région a mis en place « Proch’Orientation », une plateforme qui permet de demander à des professionnels de venir dans les lycées et collèges pour expliquer réellement ce qu’est leur métier et potentiellement proposer une immersion ou un stage. Il y a actuellement 1500 ambassadeurs en activité ou en apprentissage. Cela permet également de répondre à nouveau à la question du carnet d’adresse.
De plus, il faut plus de vérité et de transparence sur les débouchés dans les différentes filières. Il ne sert à rien de former plus qu’on ne peut donner de places.

Seedorf, engagé pour les Lycéens de Picardie, Creil

Le communautarisme est un vrai problème : certains souhaitent imposer une contre société, la laïcité est plus que menacée.
Comment faire respecter toutes les lois de notre République ?
Quelles solutions pour renforcer l’esprit, l’idéal républicains dans les territoires perdus de la République ?

Margaux, Paris

Dans la Loi « séparatismes », la mesure sur l’Instruction en Famille (IEF) est bonne, mais son impact est limité étant donné le nombre de familles concernées.
Que pouvons-nous faire pour lutter contre ces comportements touchant les jeunes au sein même de l’école et obligeant certains professeurs à s’auto-censurer ?

Réponse de Xavier Bertrand

Protection des fonctionnaires : s’ils s’auto-censurent c’est qu’ils ont peur et s’ils ont peur, cela signifie qu’il faut les protéger, les former et également sanctionner les personnes concernées : notamment les parents qui font penser à leurs enfants que l’Islam politique et sa vision de la société peuvent s’imposer. C’est à ces parents qu’il faut imposer les sanctions. Les professeurs doivent être soutenus à 1000% !
La question est de savoir comment faire au quotidien pour aider les gens à remplir leur mission, au-delà des grands discours. On peut voter toutes les lois du monde, si on ne trouve pas le moyen de protéger concrètement ceux qui sont en première ligne, ça ne changera pas.

Réseaux sociaux : infligeons des sanctions aux hébergeurs qui ne veulent pas retirer les propos problématiques dans la journée.

Personne n’a à changer de comportement ou à baisser la tête. La liberté d’expression c’est ce qui fait qu’on est Français, je ne veux pas que vous changiez ça !

La Loi « séparatismes » va compliquer la vie des islamistes, mais elle ne va pas permettre d’éradiquer l’islamisme. C’est une question de combat, qu’il faut gagner. L’État, du sommet jusqu’à la base, doit protéger ceux qui doivent assumer ces missions. Il faudra forcément aller plus loin et revenir sur cette loi notamment sur les sujets qui n’y sont pas traités : radicalisation en prison, entrisme…

Si on laisse continuer les choses un jour il y aura des affrontements. Je pense aussi au FN, avec sa façon de créer un amalgame en laissant penser qu’il faudrait regarder tous les musulmans comme des islamistes en puissance. Il faut être très ferme. Si on ne trouve pas un véritable équilibre tout ça finira mal.

Thibault, engagé pour les Lycéens de Picardie, Creil

Le sujet écologique est un peu moins abordé à droite qu’à gauche, pourquoi ?

Réponse de Xavier Bertrand

La droite donne souvent l’impression d’être plus « économie » qu’« écologie », mais il faut marcher sur deux jambes et les deux vont de paires. Le projet rev3 (3e révolution industrielle) dans les Hauts-de-France marie justement les deux. Il ne faut pas être idéologue et ce n’est pas une question de droite ou de gauche : l’écologie n’est le monopole d’aucun parti, c’est un impératif.

Ceci étant dit, si écologie rime avec rejet du Tour de France ou des sapins de Noël, elle n’a pas de sens, ni d’intérêt. Et puis, elle ne doit pas se faire au détriment du pouvoir d’achat, ni être punitive : elle doit au contraire être incitative. En Belgique par exemple, ont été mis en place des chèques verts : une aide de l’État qui permet d’aiguiller les comportements sur des produits locaux.

Les voitures électriques vont certainement s’imposer. Mais,  pour produire les batteries électriques il conviendra d’utiliser moins de pièces, ce qui signifie moins de main d’œuvre et donc moins d’emplois. Il faut donc accompagner la transition pour concilier l’écologie, l’économie et les emplois.