Comment soutenir la culture, le tourisme et l’hôtellerie, les cafés et restaurants, qui comptent parmi les secteurs économiques les plus impactés par la crise sanitaire ?

Un rapport du Conseil national du tourisme de 2010, portant sur « Le poids économique et social du tourisme », s’ouvrait par ces mots : « Et si demain le tourisme n’existait plus… ». Il pointait d’emblée dans sa préface que celui-ci, « par son importance et par l’impact qu’il peut avoir sur d’autres secteurs d’activités qui lui sont connexes, participe activement à la performance économique de notre pays et s’inscrit dans le comportement social des Français, pour qui le temps des vacances est un moment privilégié, auquel ils sont attachés depuis la création des congés payés en 1936 ».

Dix ans plus tard, la crise sanitaire confère malheureusement à ces mots une acuité toute particulière, à commencer par la question qui alors n’était qu’une simple hypothèse pour nourrir la réflexion : le tourisme français traverse une crise sans précédent et c’est ainsi une part essentielle de notre art de vivre qui est potentiellement menacé. Son impact sur la vitalité des nos territoire est essentiel, tout comme l’est celui du secteur culturel qui lui est proche à de nombreux égards.

à votre avis

Pensez-vous que l’ensemble des mesures actuellement mises en place suffiront à contenir la crise provoquée par l’épidémie de Covid-19 ?

Etat des lieux

Le tourisme génère plus de 7% du PIB français, soit près de 160 milliards d’euros en 2016. Un tiers de ce chiffre est lié aux visiteurs étrangers, parmi lesquels près de 80% sont d’origine européenne. (Sources : DGE et INSEE). Le secteur représente 2 millions d’emplois directs et indirects, et concerne 313 000 entreprises, principalement des très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME).

Il est important de souligner que, si la France constituait encore en 2019 la première destination touristique mondiale, elle n’arrivait que troisième en termes de recettes ainsi générées : au-delà de l’urgence face à la crise, nos activités touristiques nationales méritaient déjà d’être renforcées et améliorées.

Le secteur de la culture représente 2,2% de l’économie française, soit 44,5 milliards d’euros (chiffres 2016). En 2015, cela représentait 620 000 emplois, soit 2,4% de la population active. L’audiovisuel (93 000 emplois), le spectacle vivant (87 000 emplois) et le patrimoine (50 000 emplois) comptent parmi les secteurs les plus impactés par la crise, de même que le livre (37 000 emplois) et l’enseignement artistique et culturel (31 000 emplois).

Source : Ministère de la Culture

Infographies chiffres-clés

Quelles solutions ?

Un récent (2019) rapport d’information sur le tourisme de la Commission des Affaires Economiques de l’Assemblée nationale soulignait, par la voix de son président Vincent Rolland, la nécessité d’engager des actions fortes au service d’un dynamisme accru de l’activité touristique française. Face à la crise, certaines de ces pistes méritent d’être au plus vite traduites en actions concrètes pour soutenir la filière touristique au sens large :

  • Un plan de relance par la modernisation (parc d’hébergement vieillissant, desserte de certains territoires à améliorer…) qui profiterait à l’économie en général.
  • Développer une offre sur la base de la richesse de nos territoires : montagne, façade maritime, spécificités provinciales, tourisme urbain, patrimoine, œnotourisme, écotourisme et tourisme ultramarin notamment. Et dans ce contexte, favoriser le « tourisme de sens », durable, éthique et responsable.
  • Répondre aux problématiques liées au Brexit, pour offrir à la clientèle britannique une facilité en termes de mobilité tout comme administrative.
  • Libérer les acteurs du tourisme des contraintes réglementaires et administratives, pour apporter un dynamisme vivifiant en cette période difficile.
  • Privilégier une approche territoriale, adaptée aux spécificités locales, en faisant confiance aux acteurs de terrain, que sont les comités régionaux et départementaux du tourisme.

De manière immédiate et très concrète, il importe en priorité d’œuvrer pour éviter la destruction de ce tissu essentiel de notre économie nationale :

  • Définir des règles précises et cohérentes de sécurité sanitaire dans les lieux publics, permettant à la fois d’assurer la sécurité sanitaire des publics, ainsi que la sécurité juridique des professionnels concernés ;
  • Soutenir les gérants de cafés et restaurants, les organisateurs d’événements culturels et l’ensemble des acteurs des filières touristiques et culturelles, tant en matière économique et financière (TVA réduite notamment), qu’en termes de formation et de mise en place opérationnelle ;
  • Sauvegarder, par des aides rapides aux règles claires, les emplois et entreprises dans les secteurs culturels, afin de préserver théâtres, librairies, salles et troupes de spectacles, mais également l’ensemble des sociétés de production, notamment audio-visuelle et festivalière, dont la disparition risquerait de conduire à l’effondrement du secteur culturel et à la destruction durable des emplois concernés.

Par ailleurs, il faut dès à présent concevoir et établir des modalités de réponse à toute nouvelle pandémie, afin de faire face le plus rapidement possible à toute survenue d’un nouveau risque sanitaire pour en limiter la portée et les effets sur des acteurs déjà considérablement affaiblis.