Rencontre-débat Zoom du 20 avril 2021

Le 20 avril 2021, la Manufacture accueillait Pierre-Henri Dumont, député LR du Pas-de-Calais, spécialiste des questions européennes et migratoires et membre de la commission des Affaires étrangères et de la commission des Affaires européennes à l'Assemblée Nationale. Afin d'évoquer les questions liées à l’immigration et aux moyens d'en reprendre le contrôle, intervenaient également des témoins "de terrain" : Rudy Manna, secrétaire départemental Bouches-du-Rhône du syndicat Alliance Police, ainsi que le Général d'armée David Galtier, auteur de l'ouvrage "Mon combat contre le crime" (déc. 2020), vice-Président de la Métropole Aix-Marseille-Provence et élu d'opposition au Conseil municipal de Marseille.

Emmanuel Macron ne s’est pas saisi du sujet de l’immigration

Pierre-Henri Dumont souligne d’emblée que l’actuel Président de la République ne veut pas se saisir du sujet, comme en témoigne l’évolution des chiffres : entre 2012 et 2019, le nombre d’immigrés arrivant en France a progressé de 43%.

Si une partie sont des étudiants, il y a aussi une part non négligeable due à l’immigration familiale et économique : 400 000 personnes suivent le processus légal d’immigration pour venir en France chaque année.

La procédure de droit d’asile concernait au début des années 2000, 20 à 30 000 demandes ; en 2019, 132 000 demandes avaient été déposées. Un tiers des demandes sont considérées comme légitimes et acceptées mais, pour les deux autres tiers de demandeurs déboutés, 96% ne sont pas reconduits à la frontière et restent clandestinement en France.

La France, contre-exemple des politiques au sein de l’OCDE

De tous les pays de l’OCDE, la France est le seul pays où l’immigration implique un coût pour l’État, cela tenant à son caractère subi, là où les autres pays ont fait le choix d’une immigration de travail et choisie. Alors que dans ces autres pays, l’immigration produit un impact positif sur le PIB, la France constate chaque année un impact négatif de l’immigration sur son PIB de 0,2% et ce chiffre n’est qu’une estimation incomplète.

Il est à noter que le renouvellement des titres de séjour est automatique, cela étant induit par un manque de contrôle et de réévaluation de l’octroi des titres. Ce manque de contrôle n’est pas un choix, mais la conséquence d’un manque de moyens pour effectuer ces contrôles.

Les policiers contrôlent beaucoup de personnes en situation irrégulière dans certains départements. Cependant, dans plus de 80% des cas, les personnes sont relâchées du fait d’un manque de place en centre de rétention. Les personnes en centre de rétention étaient seulement 20 à 30 % à être effectivement renvoyées avant la crise COVID ; depuis l’émergence du virus, seuls 2% le sont réellement. Cela est dû au refus de faire un test PCR bien souvent obligatoire pour pouvoir renvoyer la personne dans son pays d’origine.

D’autres ressortissants étrangers n’hésitent à jouer sur les frontières internes de l’Union Européenne pour ensuite revenir en France au terme de la période où ils devaient quitter le territoire.

Une situation préoccupante à la frontière italienne

Après une accalmie en 2020, la région PACA connaît un regain de pression migratoire irrégulière : on est ainsi passé de 3 000 étrangers en situation irrégulière en 2020 à 10 000 au 20 avril 2021.

La question des mineurs non accompagné est également centrale. Leur gestion coûte au département des Bouches-du-Rhône 200 millions d’euros par an, tandis qu’au niveau national le coût supporté par les départements s’élève à 2 milliards.

On observe une explosion du nombre de mineurs non accompagnés sous l’impulsion de réseaux mafieux qui cherchent à profiter des aides. Les mineurs peuvent depuis la réforme de l’immigration de 2018 faire venir leurs frères et sœurs, même quand ils sont majeurs.

Il est difficile de prouver l’âge de ceux qui se prétendent mineurs, les départements devant saisir le juge pour pouvoir réaliser un test osseux. Une proposition faite de les systématiser a été rejetée au motif que cela serait discriminatoire !

De ce fait, il y a un réel problème de l’immigration, amplifié par les règles en vigueur. Celles-ci sont obsolètes car prévues pour une immigration datant des 30 Glorieuses, où il s’agissait alors d’attirer de de la main d’œuvre étrangère. Or aujourd’hui la dynamique a changé et il faut donc les modifier.

Le démantèlement de la jungle de Calais a été mené efficacement, avec l’aide de Bernard Cazeneuve. C’était un enfer d’y vivre, mais aussi un paradis pour les migrants et les trafiquants d’êtres humains, dont Xavier Bertrand rappelle qu’il s’agit du deuxième trafic le plus important dans le monde après celui de la drogue.

Reprendre le contrôle

Xavier Bertrand a rappelé la nécessité d’en finir avec la naïveté sur le sujet. Il faut faire preuve de fermeté, tout en conservant l’humanité qui doit guider une politique migratoire, afin de reprendre le contrôle des flux, autour notamment de plusieurs propositions :

  • Renégocier les accords du Touquet ;
  • Avoir une logique de bras de fer lorsque nécessaire pour appliquer les renvois notamment ;
  • Négocier les questions migratoires au niveau des chefs d’États ;
  • Confier la gestion de la politique migratoire au ministère de l’Intérieur et non à celui des Affaires Étrangères ;
  • Inscrire dans la loi des quotas ;
  • Rester évidemment attaché au droit d’asile, tout en luttant contre son dévoiement : « La France doit rester la France mais elle doit clairement mieux se protéger ».

Suivez La Manufacture en vous abonnant à nos réseaux sociaux et à notre newsletter.