Retrouvez la lettre que Xavier Bertrand a adressé aux Maires de France, dans laquelle il exprime sa vision de la République des Territoires. Il y insiste sur le rôle essentiel des élus de terrain dans la vie démocratique de notre pays et appelle à libérer les énergies nationales et territoriales tout en restaurant l'Etat de droit.

Suite à cette démarche, Le Figaro a publié un article, disponible via ce lien (accès réservé aux abonnés)

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Madame la Maire,
Monsieur le Maire,

La France est à un tournant de sa longue histoire.

Notre pays a décroché du concert des grandes Nations. Le lien de confiance est abîmé entre les dirigeants et une large partie de notre pays, qui se réfugie de plus en plus dans les extrêmes, à gauche comme à droite, ou dans l’abstention.

Si, dans ces circonstances, j’ai choisi de m’adresser à vous, c’est parce que je mesure l’importance de votre rôle dans la vie démocratique de notre pays, comme je connais la valeur de votre engagement aux côtés de nos concitoyens. Les Français ne s’y trompent pas, et accordent une grande confiance à leur maire.

J’ai annoncé ma candidature à la Présidence de la République, et c’est donc tout naturellement vers vous que je me tourne pour organiser le sursaut républicain qui est nécessaire à notre pays.

La succession de crises sociales que nous traversons depuis quatre ans démontre ce que nous, élus des territoires, savons depuis bien longtemps : notre République jacobine, centralisée, bureaucratique à l’excès, doit être profondément refondée pour ne pas s’effondrer. Il nous revient de donner corps à une « République des territoires ».

Les institutions de la Ve République, que le général de Gaulle nous a léguées et auxquelles je suis très attaché, le permettent.

La République des territoires, c’est un grand mouvement de libération des énergies nationales et territoriales organisé autour d’une idée neuve entre l’État et les collectivités locales : la confiance.

A force d’intervenir dans trop de matières, et en cherchant à réglementer trop de détails, l’État s’est affaibli dans l’exercice de ses prérogatives essentielles. Je souhaite un État puissant parce que recentré sur l’essentiel, qui travaille en confiance avec des collectivités locales aux compétences renforcées.

Concentré sur ses missions régaliennes, l’État pourra ainsi garantir, en premier lieu, de manière plus efficace, le droit fondamental de nos concitoyens à vivre en paix, y compris dans les communes rurales où la délinquance se répand désormais.

A côté d’une politique de prévention de la délinquance plus marquée, je souhaite que notre réponse pénale soit enfin adaptée à la réalité de la délinquance au XXIe siècle : c’est une question de crédibilité de notre État de droit et la condition nécessaire pour vivre en sécurité.

Respecter la République, c’est avant tout respecter ceux qui l’incarnent. C’est pourquoi je souhaite que toutes les violences volontaires sur les personnes dépositaires de l’autorité publique, dont les policiers, les gendarmes, les pompiers mais aussi les maires, soient sanctionnées de manière exemplaire par une peine de prison ferme automatique.

Pour les délits les plus graves, les crimes, comme en cas de récidive, je propose que soient instaurées des peines minimales automatiques afin que cesse le sentiment d’impunité qui mine bien souvent l’équilibre social de notre pays et de nos communes. À tout crime ou tout délit doit désormais correspondre la certitude de la sanction.

S’agissant de la délinquance du quotidien, que je connais si bien en tant qu’élu local et qui empoisonne la vie de tant de Français, l’impunité doit cesser. Nombre de nos compatriotes ont le sentiment, souvent justifié, qu’on les sanctionne durement pour le moindre écart de conduite, mais qu’on ne fait pas preuve de la même fermeté à l’encontre du casseur, du petit dealer, du squatter ou de l’adepte du rodéo urbain ou des dépôts sauvages de déchets. Il faut inverser cette tendance. C’est pourquoi je souhaite que le procureur puisse condamner directement les auteurs à des travaux d’intérêt général et infliger directement des amendes, avec saisie sur salaires ou sur certaines prestations sociales. Nos concitoyens ne tolèrent plus ces incivilités du quotidien, qui empoisonnent leurs vies mais dans les faits sont trop rarement sanctionnées.

La République des territoires, ce n’est donc pas moins d’État, bien au contraire : c’est mieux d’État.
L’État et les collectivités locales ont la République en partage, il faut que leurs relations soient désormais fondées sur la confiance, la coopération et la complémentarité des compétences.

Je veux notamment que tous les projets de loi ou de décret prévoient, à chaque fois que c’est possible, des marges de manœuvre laissées aux territoires pour leur mise en œuvre : pourquoi fixer de manière rigide, depuis Paris, un même taux de 25% de logements sociaux dans toutes les communes ou un même objectif de réduction de l’artificialisation des sols ? L’État a fini par se perdre à force de vouloir régenter trop de domaines, en entrant dans le moindre détail. C’est vrai dans l’Hexagone comme pour les départements et collectivités d’Outre-mer, dont les spécificités doivent être plus systématiquement prises en considération.

De la même manière, j’instaurerai le principe selon lequel toute grande décision ayant un impact sur les territoires devra être prise à l’issue d’une concertation avec les élus concernés : réorganisation de services publics de l’État, fermeture de lits d’hôpital ou de classes, par exemple.

Je souhaite aussi redonner de la liberté aux maires, qui doivent pouvoir intervenir dans tous les domaines de la vie municipale. Nos compatriotes sont très attachés à leur commune, et la figure du maire reste centrale dans notre vie démocratique.

Enfin, je lancerai une vaste campagne de remise à niveau des infrastructures de transport dans les territoires, pour les désenclaver et faciliter la mobilité des populations, tout en concourant à la transformation écologique : nouveaux projets ferroviaires et fluviaux, mise à niveau des lignes ferroviaires du quotidien, développement des trains régionaux, et aussi réhabilitation des routes, aujourd’hui trop souvent en mauvais état alors que la voiture reste un mode de transport indispensable pour nombre de nos compatriotes.

Cette campagne de remise à niveau concernera aussi le numérique, avec enfin une vraie couverture en très haut débit sur tout le territoire et la suppression des zones blanches et grises en 4G ou 5G, dans le cadre d’un « pacte numérique » entre l’État et les Régions avec des financements accrus et en réévaluant les obligations des opérateurs téléphoniques.

De manière plus large, je crois nécessaire que la coopération entre l’État et les collectivités soit beaucoup plus forte sur les matières qui sont à la croisée des compétences de chacun, je pense notamment au développement économique, à la réindustrialisation du pays, à la reconstitution de notre souveraineté agricole, à la reconstitution de notre système éducatif pour qu’il renoue avec l’excellence et favorise davantage l’ascension sociale. J’aurai l’occasion d’y revenir.

Ces engagements, je veux les prendre devant vous, maires de France, par écrit.

J’aimerais que ce premier échange soit le point de départ d’un dialogue permanent entre nous jusqu’à l’élection présidentielle, et au-delà si les Français me font confiance. Votre expérience d’élu de terrain est irremplaçable dans le grand débat qui s’annonce.

Au-delà de nos engagements partisans, je vous encourage à m’adresser directement vos réactions et propositions pour que nous bâtissions ensemble, avec l’unique objectif de l’intérêt général, une République des territoires au service de nos concitoyens.

Je serai le Président de la République des territoires, car c’est là que bat le cœur de la France.

 

Xavier Bertrand

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